Voici la fin du prologue de RéValité. Il est en trois parties, si vous ne les avez pas encore lues, commencez par la première et la seconde parties du prologue.

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Gaïa touchait au but, les rénovations des suites étaient quasiment finies et les réservations commençaient à affluer que ce soit pour le gîte ou le couvert. Le sauvetage du « Mas de Gaïa » apparaissait enfin comme un projet viable. C’était encore loin d’être gagné, mais chaque jour l’espoir grandissait avec le taux de remplissage et l’avancée du chantier.

Pour remercier l’équipe d’ouvriers qui avaient travaillé d’arrache-pied à rendre sa majesté au lieu, elle avait décidé de leur offrir un repas digne de ses meilleurs futurs clients. De plus, ça lui permettrait de fignoler sa recette.

Sa liste d’emplettes en poche, elle s’empara des clés de sa vieille camionnette Citroën HP et de son panier. Comme c’était jour de marché à Orange, c’était sa destination du jour pour des produits frais, bio et locaux. Elle commençait à avoir un petit réseau de producteurs qui lui assurerait des livraisons régulières quand le Mas tournerait à plein régime. Elle voulait cependant profiter d’avoir du temps pour flâner entre les étals et peut-être avoir encore l’occasion de dénicher un nouveau fournisseur ou deux.

Le pick-up était resté arrêté plus d’une journée donc Gaïa leva le capot et plongea la main dans le moteur pour atteindre la manette de la pompe à essence. En une dizaine de manipulations, elle aspira le carburant pour remplir le carburateur.

Il faudrait que j’ajoute une pompe à essence électrique sur le circuit traditionnel, tout en gardant la pompe mécanique d’origine. Je pourrais raccorder un petit boîtier électrique entre la nouvelle pompe et le contact pour qu’à l’allumage, il enclenche la pompe. Elle aspirerait le carburant du réservoir et emplirait la cuve du carburateur jusqu’à son niveau maxi. Je n’aurais qu’à attendre quelques instants avant de solliciter le démarreur pour laisser le temps à la pompe de faire son travail d’amorçage. Je suis sûre que le moteur partirait au quart de tour. La pompe serait ensuite automatiquement coupée par le module. C’est la pompe originelle qui continuerait de l’alimenter durant tout le reste de son fonctionnement…

Ses propres pensées la surprirent. D’où une telle idée pouvait-elle bien sortir ? Elle n’y connaissait rien en mécanique.

Une fois en ville, elle suivit son parcours habituel en s’arrêtant à certains stands pour étudier la marchandise, discuter, acheter ou juste dire bonjour. Comme elle l’avait espéré, le sans-abri avec son énorme chien au regard si doux était à son poste au pied de la fontaine de la place Bruey. Elle salua l’homme et offrit à l’animal un os de gigot qu’elle avait gardé et glissé dans son panier à son intention. Quelques mètres plus loin, rue Saint-Martin, en passant devant la pharmacie Durieux, elle s’arrêta prise de l’envie soudaine d’y entrer. Pourtant elle n’avait rien à y acheter et la devanture était du plus ordinaire pour ce type d’établissement. Rien de transcendant qui pourrait inciter au lèche-vitrine. Soit, la vitrophanie, mettant en scène une femme enceinte et un nouveau-né dans des bras masculins, était très esthétique, mais la grossesse et la puériculture n’étaient pas ses préoccupations du jour. Elle fit un pas involontaire vers la porte et hésita. Peut-être que son inconscient essayait de lui rappeler qu’elle devait compléter la trousse de premiers secours du Mas… Non, alors pourquoi cette pulsion ?

Comme elle venait d’acheter des noix de Saints Jaques, qu’elle voulait garder le plus fraîches possible, elle se ressaisit et continua son chemin. Elle nota de parler de cet incident ainsi que de ses pensées saugrenues de pompe d’amorçage à son psy lors de sa visite hebdomadaire.

Ce soir-là, tous les participants apprécièrent grandement le repas. La recette était validée d’office vu les éloges récoltés. Gaïa avait offert une dernière tournée de cognac et de cigares après les cafés. Incommodée par la fumée, elle s’était réfugiée dans le petit salon en attendant que ces messieurs finissent de refaire le monde en jouant au billard et se décident à aller se coucher. Elle suivait à demi le film « Valentine’s Day » tout en échangeant quelques blagues à travers la baie vitrée, mais au moment où Julia Roberts allait retrouver l’homme de sa vie, ce fut le black-out total.


La fin du prologue de Révalité vous a plu ?